La grossesse

La place du père

1 décembre 2017

©Crédit Photo : debobrico

A toi futur Papa,

 

Tu as peut-être du mal à trouver ta place.

Ce n’est pas toi qui porte ton futur bébé, il est vrai. D’ailleurs, ce n’est pas toi non plus qui a découvert la grossesse en premier. Tout cela, c’est ta compagne.

C’est elle qui est enceinte. C’est elle qui ressent les symptômes, qui sent les premiers mouvements. C’est elle qui est suivie à l’hôpital. C’est à elle que s’adresse les magazines sur la grossesse, les blogs (le mien y compris, soyons honnêtes). Et dans tout cet univers tellement féminin, il te semble parfois difficile de trouver ta place.

Tu te dis que madame peut aller aux consultations sans toi, aux échographies sans toi, à la prépa à la naissance sans toi. Oui, avec toi c’est mieux, mais au pire, ça ira quand même.

Oui, il est vrai aussi, ça ira. Et la grossesse continuera. Certaines femmes vivent seules leur grossesse, et elles y arrivent.

Mais messieurs, si vous êtes là, à attendre vous aussi impatiemment la venue au monde de votre petit bout, ne minimisez pas votre place. Et ne laissez pas la société, ni les magazines, ni les blogs influencer votre état d’esprit.

Vous serez peut-être le seul papa au cours de prépa à poser des questions. Et alors ?

Mais surtout, plus que durant la grossesse, j’ai pu remarquer, derrière ma blouse de sage-femme, qu’en salle de naissance, vous ne savez toujours ni où, ni comment vous placez. C’est normal à vrai dire. Le lit au centre de la pièce est pour madame. Le berceau dans le coin réchauffe déjà les vêtements de votre enfant. Et vous ? On vous propose une chaise, sur roulettes. Un coup à droite du lit, un coup un gauche. A un moment, on vous demande d’aller de l’autre côté pour accéder aux perfusions, puis de l’autre pour accéder au monitoring. Et là, vous nous dites « je suis désolée, je ne sais pas où me mettre ».

Mais peut-être que c’est justement cela votre rôle. Ne pas avoir une place fixe. Cela ne rend pas votre rôle moins important.

Déjà à la maison, avant même d’arrivée à la maternité « Chéri, j’ai des contractions, il faut aller à la maternité. » Alors que madame gère la douleur qui se rapproche, vos bras portent les valises. D’un côté le sac du bébé, de l’autre la valise de maman et sur l’épaule le coussin d’allaitement. C’est peut-être rien, mais tellement utile. Madame ne doit penser à rien d’autre qu’à gérer les contractions, et elle se laisse guidée en toute confiance dans la voiture que vous conduisez. D’ailleurs, à l’interphone des urgences, on entend souvent les papas parler « Ma femme va accoucher. » On sent de l’anxiété. Vite, vite, pourvu qu’il ne soit pas trop tard.

Il est vrai que là encore, nous nous occupons beaucoup de la future maman, on lui pose des questions. Et là encore une fois, vous intervenez. Alors qu’une contraction paralyse madame et l’empêche de bouger et de parler, vous répondez : « Elle a des contractions toutes les 5 minutes depuis 20h ce soir. Elle n’a pas pris de médicament. Elle n’a pas rompu la poche des eaux. » Vous nous tendez le dossier de grossesse, tout en aidant madame à s’installer sur la table d’examen. On évalue le col. « 2 doigts larges, quasi effacé, bravo madame ! Il ne manque pas grand-chose. Le temps de faire un monitoring, de marcher un peu et on refait le point. »

On l’a encore dit « Bravo Madame ! ». On ne le dit pas, c’est encore vrai. Mais bravo à vous deux ! Car on le sait tous, la douleur a une part psychologique et c’est là que vous prenez toute votre place. On ne sait pas ce que vous avez fait chez vous. Avez-vous apportez un verre d’eau à votre compagne ? Combien de fois lui avez-vous demandé « ça va chérie ? ». Lui avez-vous massé les lombaires ? Est-ce que vous l’avez rassuré ? Sûrement oui. On ne vous le dit pas, mais bravo à vous aussi messieurs.
Nous ne savons pas ce que vous avez fait chez vous, mais on vous voit, là, en pré-travail. Pendant le monitoring, vous regardez le rythme du cœur de votre bébé, vous l’écoutez. Vous voyez les chiffres monter lorsqu’il y a une contraction. Vous continuez de soutenir madame. « Continue de respirer chérie. »

Vous donnez votre main au risque de la perdre à chaque contraction, broyée par les mains de votre compagne, mordue, griffées, que sais-je. Vous écoutez sans rien dire les « Vous êtes bien placés vous les hommes. » – « Arrête de me parler, tu me déconcentres ! » – « Parle-moi, tu vois bien que je souffre ! » Vous écoutez, car vous le savez, c’est en partie comme cela que madame évacue sa douleur.

On enlève le monitoring, et vous allez marcher un peu à deux. Vous faites le tour de la maternité, vous montez les escaliers. Vous tenez toujours la main de madame, faites des pauses, lui massez le dos, lui donnez à boire.

On refait le point. « 3-4cm effacé. Bravo Madame ! Si vous le souhaitez, on va pouvoir passer en salle de naissance et poser la péridurale : »

Rebelote : Bravo Madame ! Encore une fois. Pourtant vous étiez 2 !

Et nous revoilà à la scène de départ. En salle de naissance, un coup à droite de la table, un coup à gauche. La péridurale est posée. La douleur est calmée. La tension aussi. Les heures passent. Paraissent plus ou moins longues. Vous avez parfois du mal à tenir en place, parfois vous en profitez pour fermer l’œil entre deux examens.

Et c’est l’heure de l’accouchement ! On s’installe. Vous nous regardez, un peu inquiet « Dites-moi où je dois me mettre. » Assis de peur de tourner de l’œil ou debout pour ne rien louper. Un peu distant, submergé par l’émotion, ou vrai coach sportif. Vous êtes là ! « Vas y pousse chérie ! Pousse ! » Vous contractez, respirez, poussez presque avec Madame. On y est ! Il est là. Vous êtes Papa ! Vous êtes parents !

C’est à ce moment qu’on vous le dit enfin ! Bravo à vous aussi ! Bravo d’avoir été là !

Merci pour votre femme ! Vous lui avez simplifiez les choses ! Vous l’avez soutenu, et dans un moment aussi intense que le travail et l’accouchement, ça n’a pas de prix !

Merci de la part des sages-femmes, d’être resté auprès de notre patiente alors que nous nous occupions d’autres femmes en travail, ou d’accouchements. Merci de lui avoir donné de l’eau quand nous n’étions pas là, de lui parler quand nous ne sommes pas là, de la masser, de la rassurer. D’être là, tout simplement, à côté d’elle.

Nous, sages-femmes, aimerions souvent être plus présentes et plus aidantes pour nos patientes. Et il est vrai que quand elles sont accompagnées, nous sommes rassurées et reconnaissantes.

 

Alors ne doutez pas de votre place messieurs, ni pendant la grossesse, ni pendant l’accouchement. Cet enfant n’existerait pas sans vous. Vous êtes son parent tout autant que madame. Il aura besoin de vous, et cela commence déjà pendant la grossesse.

Bravo à vous tous les papas !

 

PS : Article écrit spontanément et avec le cœur. Par conséquent, il est vrai que je n’ai pas pris le temps de tourner mes phrases de sorte à ce que tous les couples homosexuels s’y reconnaissent aussi. Mais, sincèrement, quand je dis « papa », entendez bien « accompagnant ». Papa ou maman, ou amie, que sais-je peu importe ! Merci à toutes ces personnes qui prennent cette place de parent, d’accompagnant !

 

Sagement vôtre,

A très vite !

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